Journal intime des Ouésins du 24 juin

Cette semaine, nous avons pris notre courage à deux mains, rempli notre brouette de gants blancs, puis lavé notre bouche avec du savon afin de ne pas dire de gros mots.

Nous avons demandé à rencontrer l’actionnaire majoritaire de Les Voisins, qui s’adonne à être aussi la PDG, la grande patronne, la boss des boss, celle qui décide quand c’est le temps de décider, pis qui prend ses vacances dans le sud en hiver.

Je dis courage parce que ce n’est jamais simple de rencontrer son supérieur immédiat pour lui faire savoir que la direction qu’elle prend, ben, ce n’est pas la bonne. Malheureusement, l’audience nous a été refusée parce qu’elle gère actuellement des dossiers plus chauds en Europe. Faque nous lui avons écrit une lettre. Cette lettre…

Chère Mère Nature,

Ces temps-ci, on parle beaucoup de vous. Loin de nous l’idée de vouloir faire des vagues ou encore de jeter un pavé dans la mare, mais il s’en trouve ici, dans nos jardins, pour dire du mal de vous. Pas tout le monde, mais certaines langues sales. Les tomates italiennes, les pires.

On peut les entendre, lorsque l’on désherbe, se plaindre du manque de chaleur, de soleil, et de se faire éclabousser de terre souillée. Les concombres des champs, qui ma foi en ont vu d’autres, demandent à être renommés « concombres de bouette ». Les fenouils, des légumes d’une gentillesse à rendre jaloux, pas chialeux pour cinq cennes, ont lancé un « câline » bien senti. Les nouveaux framboisiers ont noyé leur peine dans la pourriture. Enfin vous voyiez le portrait…

Vous avez peut-être pesé un ti-peu fort su’l piton « averse ». Je dis ça, je dis rien.

En ce moment, nous tentons de nous garder la tête hors de l’eau, mais on a pas mal de l’eau jusqu’au cou. Vous nous direz qu’après la pluie vient le beau temps, mais dans nos jardins, chère Maman Nature, il y a de l’orage dans l’air.

Nous sommes un peu submergés par vos événements et avons peur d’être emportés par le courant. Sans vouloir abuser des expressions, nous souhaiterions que vous transformiez ce déluge en source de vie, parce que nous avons une communauté de voisins à nourrir.

Et nous vous laissons, chère Madame Nature, avec ce proverbe qui n’a aucun rapport:

« Un chien vaut mieux que deux, tu sauras. »

Veuillez agréer, chère Nature, nos sentiments les plus mouillés.

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