Nos enfants à vendre… pas cher la livre !

Journal intime des Ouésins — 8 juillet

Commençons par le plus triste. Cette semaine, nous avons accompagné notre poulette Omelette en fin de vie. Une fille travaillante, toujours à son affaire, qui aimait rendre service. Un peu coquette sur les bords : pour elle, pas question de sortir du pondoir, après ses accouchements quotidiens, sans se faire ravaler la façade. Ses cocos étaient toujours astiqués, ses blancs d’œufs plus blancs que blanc…

Enfin, elle nous a quittés comme elle l’avait souhaité, sous le vieux chêne où elle avait tant picossé les beaux soirs d’été. Elle est partie avant le chant du coq, très rapidement… Elle est partie comme un p’tit poulet.

Sinon, les enfants ont profité d’un moment où nous avions le regard détourné du jardin pour inviter leur gang de chums : les chiendents et les orties. Je n’ai pas dit « les ostie », mais je l’ai pensé. Ils savent pourtant que nous n’aimons pas qu’ils fréquentent ces enfants de mauvaises familles, d’la mauvaise herbe, comme dirait ma mère. Le party a pogné une nuit, si bien que nos ados, les betteraves, ont fait un méchant mess dans leur champ-bre.

Nos plus vieux, les ail-nés de la famille, qui s’étaient trouvé un job dans un champ d’été, on s’était dit : « Good, 500 de moins pour quelques semaines », ben non, ils sont revenus, rien sur une gousse d’ail. L’histoire n’est pas claire, claire. On préfère ne pas savoir.

Pas une fois, pas deux fois, mais trois fois, la garderie nous a rappelés pour qu’on ail… Non, ceux-là sont trop contents d’être revenus chiller à la maison. Elle nous appelait plutôt pour qu’on aille chercher nos bébés aubergines : ils auraient attrapé des pucerons là-bas.

À part ça, notre bette à carde prend ça kale. Nos cornichons préparent, comme chaque année, une attaque bien coordonnée, mais tellement pas subtile. Ils lancent innocemment leurs petites vrilles, si délicates, comme s’ils voulaient seulement taquiner leurs voisines. Il n’y a que les tomates qui ne semblent pas les voir venir, trop occupées à prendre un peu de couleur et à se prélasser à la chaleur.

Les confitures aux fraises, qui sont de plus en plus précieuses, détonnent auprès de leur collègue la rhubarbe, d’habitude si peu raffinée.

« Non, pas trop de sucre. Ah non, pas cette pectine-là. C’est trop chaud. Je vais renverser… »

Bref, nous les avons mises en conserve et nous avons enfin la paix.

Bref, ça va nous faire plaisir de vous vendre tout ça cette semaine… pas cher la livre !

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