Faire le deuil - une étape trop souvent sous-estimée…
Cet automne, j’ai postulé, par l’entremise d’un chasseur de têtes, pour un poste pour lequel je me considérais qualifié. Je ne prétendais pas être le « meilleur candidat » à l’arrivée, mais je croyais sincèrement que mon parcours, mes réalisations et ma capacité démontrée à mener des transformations structurantes m’auraient qualifié, à tout le moins, pour une première conversation.
Cette rencontre n’a jamais eu lieu.
Si je partage cette expérience aujourd’hui, ce n’est ni par amertume ni par esprit de revanche. C’est parce que ce qui a suivi a été beaucoup plus grand que ce que j’avais initialement projeté.
Depuis près d’un an, j’anime avec grand bonheur des ateliers sur le changement. Lorsqu’il s’agit de changements que l’on choisit, j’y parle souvent de planification, de lucidité et de respect de soi.
Mais cette expérience m’a rappelé quelque chose que j’avais oublié — ou peut-être mis à distance : on ne change pas durablement sans faire le deuil de ce qui ne sera pas.
Faire le deuil, ici, ce n’était pas renoncer à une ambition ni remettre en question mon parcours. C’était accepter qu’une porte ne s’ouvrirait pas, même si elle aurait pu, même si elle semblait logique.
En laissant ce deuil se faire, j’ai découvert un espace inattendu : plus libre, plus aligné et, finalement, plus fécond que ce que j’avais initialement projeté.
Il y a deux ans, j’ai entrepris ce que je considère être mon plus grand changement personnel et professionnel : le développement et le lancement d’une entreprise qui met l’accent sur l’humain, la vie et la nature - Les Voisins & Cie
Pourtant, sans toujours en être conscient, je gardais encore un pied — parfois même une épaule entière — dans mon ancien univers professionnel.
Pourquoi?
Parce qu’il m’avait défini pendant des années.
Parce que j’avais peur de disparaître, d’être oublié.
Parce que laisser partir une identité soulève parfois des peurs plus grandes que l’échec lui-même. Après avoir été un titre (vice-président) pendant tant d’années, je n’étais désormais plus que moi… sans trop savoir qui était réellement ce « moi ».
Cette non-rencontre de l’automne m’a forcé à prendre du recul, à me regarder « le moi dans le blanc des yeux » et à engager une discussion honnête avec ce moi, en prenant soin d’exclure l’autre — Monsieur le Titre.
Elle m’a forcé à me regarder honnêtement et à poser une question simple, mais exigeante : « Qui suis-je, réellement? Et qu’est-ce que je veux vraiment pour la suite? »
La paix que j’ai ressentie en étant honnête et sincère avec moi-même a été salutaire. J’ai pu me défaire des derniers liens qui me rattachaient à un autre temps et me rendre pleinement disponible pour le changement que j’avais amorcé.
Alors que je croyais réellement être passé à un autre chapitre de ma vie, le deuil, lui, n’avait pas encore été fait.
Si je prends le temps de vous raconter cette histoire, ce n’est pas seulement parce qu’elle m’a transformé. C’est parce qu’elle illustre exactement ce que j’observe lorsque j’accompagne des individus et des organisations à travers le changement.
On parle beaucoup de planification, de stratégie et de performance.
Mais dans les changements profonds — surtout ceux qui ne sont pas choisis — une étape est presque toujours sous-estimée : le deuil.
Faire le deuil d’un chapitre de sa vie, ce n’est pas oublier ni effacer ce qui a été vécu. C’est accepter intérieurement que quelque chose est terminé et qu’il ne reviendra pas sous la même forme.
Cette non-rencontre a déclenché en moi de la tristesse, de la colère, de la nostalgie, un sentiment d’injustice… et même un certain soulagement. Faire le deuil, c’est se permettre de ressentir sans se juger.
On a trop souvent l’impression qu’un chapitre qui se ferme emporte une part de nous. Mais faire le deuil, c’est beaucoup plus que ça. C’est accepter de ne plus être exactement cette personne-là. Ce n’est ni renier ni idéaliser le passé.
Mais quand ce deuil se fait réellement, l’énergie jusque-là retenue se libère. Et elle devient disponible pour autre chose, de nouveaux projets, de nouvelles relations, ou simplement pour… se remettre en mouvement.
Atelier L’art du changement Dimanche le 26 avril - 9h à 15h